
Actualité du journalisme
Quelle attitude adopter face à la désinformation ?
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Quelle attitude adopter face à la désinformation ?
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Quelle attitude adopter face à la désinformation ?
Avec les réseaux sociaux, beaucoup de journalistes font le constat d’une désinformation croissante. Une table ronde a ce sujet était organisée mardi 14 janvier 2025 lors du festival Médias en Seine. Avec pour objectif de comprendre d’où vient cette lutte impossible contre les fake news.
Dans cet article...
Médias en scène contre les fake news
Mardi 14 janvier 2025 se tenait Médias en Seine à Paris. Dans cette convention annuelle, de nombreux professionnels animent des conférences sur l’état actuel et futur de presse. Ils évoques aussi son avenir.
Médias : l'ère des défis
Cette année, le thème de la confiance est au cœur de l’événement. Elle se désagrège tandis que les réseaux sociaux ont acquis une place prépondérante et que l’intelligence artificielle se développe. 62% des Français disent se méfier des médias, selon le baromètre La Croix-Varian (auparavant La Croix-Kantar) dévoilé le matin même. Une augmentation de huit points en deux ans. Plusieurs débats et présentations étaient réservés à ce thème :
- Les Français ont-ils encore confiance dans les médias ?
- Peut-on réconcilier le public avec l’information ?
- Comment informer dans un monde polarisé à l’heure de la post-vérité ?
Cette dernière table ronde a retenu notre attention. Pour répondre à cette question, des directeurs de l’information, des journalistes et des chercheurs prennent tour à tour la parole.
La conférence
Le cas de Méta
La conférence débute par une actualité : Meta a décidé d’arrêter son partenariat avec les « fact-checkers » aux États-Unis en 2025. À la place, un système de community notes, similaire à ce qui se fait sur X, va être instauré. Concrètement, les utilisateurs peuvent voter pour afficher un message apportant du contexte sous un post. Censé permettre une plus grande liberté d’expression, ce mode est cependant bien moins efficace pour lutter contre les fake news.
Un premier consensus émerge parmi les intervenants : la décision de Mark Zuckerberg est dommageable, mais attendue. La désinformation est un fléau de notre époque, très lié aux algorithmes des réseaux sociaux. La modération de ces dernières années est la véritable curiosité.
Les médias débordés par les fake news
La menace ne provient pas du grand public. Sylvain Parasie, professeur de sociologie à Sciences Po, affirme qu’elle est le fait de 0,01 % des utilisateurs des réseaux sociaux. Ce sont des personnes très politisées, mais minoritaires. Cela ne veut pas dire qu’elles jouissent de faibles moyens : armée de bots, budget colossal et soutien étatique… c’est une guerre perdue d’avance pour la presse. D’après Marc-Antoine Brillant, directeur de VIGINUM, les équipes russes de l’écosystème Doppelgänger/RNN produisaient entre 80 000 et 100 000 contenus par jour à destination des internautes européens. Cette attaque est dénoncée en 2023 par VIGINUM. Derrière ce nom mystérieux, se cache le service de l’État chargé de lutter contre les ingérences numériques étrangères en France. Il est fondé en 2021, et compte désormais soixante-cinq employés.
Conséquences des fake news
Concernant les conséquences de tant de fake news, Sylvain Parasie estime qu’elles restent limitées en France. Ce n’est pas le cas partout : au Cambodge, les gens ne s’informent que sur Facebook, note Jean-Marc Four, directeur de Radio France Internationale. Il insiste : « cette désinformation, elle tue. Au sens premier du terme ». Là-bas, le compte Facebook de RFI dénombre 5 millions d’abonnés, soit un quart de la population du pays. Dans l’hexagone, la désinformation a peu d’impact direct, mais elle grignote lentement la confiance des citoyens envers les institutions et les médias. Marc-Antoine Brillant signale que c’est un travail de sape à considérer avec attention.
Retour aux fondamentaux
Alors que faire ? « On peut redonner un maximum d’informations sur un certain nombre de sujets […] non pas pour donner une vérité définitive, mais des éléments pour ceux qui veulent se faire un point de vue » défend Céline Pigalle, directrice d’Ici (anciennement France Bleu). Les journalistes présents préconisent un retour aux sources. Selon eux, rien ne sert de déployer d’immenses ressources pour le « fact-checking ». Lutter contre chaque fake news est peine perdue. Il faut vérifier les faits lorsque le débat public l’exige réellement, mais prioriser l’information.
Tanguy de l’Espinay (rédacteur en chef adjoint au groupe Le Parisien) propose aussi une introspection. Il dénonce le comportement de certains journalistes qui écrivent « pour d’autres gens que leurs lecteurs, c’est-à-dire parfois leur rédac chef, parfois leur bulle de confrères ». Loin de s’apitoyer sur leurs sorts, les intervenants font l’autocritique des médias. « Hors-sol », « hautains » : les journalistes en prennent pour leur grade. Pour récupérer la confiance des lecteurs, auditeurs et autres téléspectateurs, ils désirent recréer un lien de proximité et s’affranchir d’une position de diseur de vérité pour retrouver celle de rapporteur d’informations. Rendez-vous en 2026.
Maxime

